jeudi 26 mai 2016

Barroco



Encore une fois, il n’avait pas de cavalière pour aller à cette fête. Il imaginait déjà les rictus goguenards de ses amis, leurs regards allant de la moquerie à la pitié. Alors il demanda mon aide. Pour une fois, juste pour une fois, il voulait parader avec une poupée de légende, énamourée, splendide et tout à lui, quelque chose qui les oblige enfin à avaler leur salive de travers. Bref, de quoi faire définitivement oublier sa réputation de piètre Don Juan. La poupée, dans son idée, c’était moi...
Je n’étais pas très chaud pour jouer le rôle. J’ai beau avoir les idées larges, me faire reluquer pendant toute une soirée comme une couverture de magazine pour hommes, c’est quand même délicat ! Ma dignité de mâle allait en prendre un coup. Surtout que rien ne garantissait que ça allait marcher…
Mais voyons, Julien, me répétait-il, tu sais bien que la vieille chouette ne plaisantait pas ! Nous l’avons vu tous les deux à l’œuvre, enfin ! Et puis, si elle t’a légué ce vœu de métamorphose, c’est que tu ne risques rien !
C’était mon arrière-grand-mère qui m’avait laissé cet héritage, une femme aux pouvoirs étranges, chez qui nous passions nos vacances lorsque nous étions enfants. C’était un vœu pour transformer qui je voulais en ce que je voulais. Ensuite, il suffisait que la personne métamorphosée le souhaite pour reprendre sa forme d’origine. Mais tout ça ne pouvait fonctionner qu’une fois !
C’est bon, tu as gagné, allons-y ! Après tout, je n’ai jamais trop compris à quoi ce vœu pourrait bien me servir. Au moins, ce sera une expérience…
Il commença à me dire ce qu'il souhaitait, pour la fille de ses rêves. C'était assez efficace, bien que pas très original : bombé là où la chair plait, long et fin ailleurs. Il voulait quelque chose de très voyant, mais je lui conseillai de ne pas me rendre trop vulgaire, sans quoi ses amis allaient seulement croire qu'il s'était payé une prostituée. Nous procédions une partie après l'autre. Il me racontait ce qu'il envisageait, je l'imaginais et c'était fait ! Il devait être précis dans ses descriptions, car une fois la transformation accomplie, je ne pouvais plus la modifier.
Au début, cela commença comme un jeu, nous retrouvions nos bons moments de complicité. Et puis, au fur et à mesure, les choses devinrent plus délicates. Une étrange excitation s'empara de nous. Il commençait à jeter sur moi des regards bien trop luisants. Son souffle était plus court, sa bouche se relâchait. Je ne l'avais jamais vu ainsi, du moins, pas quand c'est moi qu'il regardait. De mon côté, j'avais des bouffées chaudes qui me montaient à la tête, et des décharges d'excitation incompréhensibles, de celles qui peuvent nous prendre lorsqu'une conquête réticente se livre enfin ! Et je sentais le pouvoir de la vieille magicienne qui cognait en moi, de plus en plus fort, mettant le désordre dans mes pensées.
Nous en étions à la fin, il ne restait plus que la poitrine. Nous étions tous deux traversés de désirs qui n'avaient plus grand-chose de naturel. La force de la métamorphose semblait s'échapper de moi, elle se faisait désordonnée et nous baignait dans cette atmosphère surréelle. Je n'étais pas très sûr de contrôler encore quoi que ce soit. Il me raconta ce qu'il souhaitait, pour mes seins. Ronds et confortables, comme je m'y attendais. Je commençai à me concentrer…
À cet instant, la porte d'entrée s'ouvrit sur Alice, ma fiancée. Elle posa son sac de voyage au pied du guéridon.
Le vol a été annulé, je ne pourrais partir que demain si…
Elle s'arrêta en découvrant la scène devant elle, la femme nue dans son salon ! Un mélange de surprise et de colère commença à remplir son visage. Elle allait demander où je me trouvais, quand ses yeux s'agrandirent, noyés soudain par l'horreur. Elle s'effondra littéralement sur elle-même, comme si une force l'aspirait de l'intérieur, la retournant et la roulant en boule comme une simple chaussette ! Ses vêtements tombèrent au sol, vides. Par-dessus, une paire de seins commença à glisser vers moi ! Alice ! J'avais pensé à cette maudite poitrine en regardant Alice ! La puissance surnaturelle que je dégageais avait transformé ma fiancée !
Les deux masses poussèrent leur trajectoire jusqu'à mes pieds, puis commencèrent à grimper le long de ma jambe avec des ondulations gélatineuses. Elles passèrent mon abdomen et vinrent accrocher leur poids à mon torse, se fondant à ma peau lorsqu'elles furent bien positionnées. Je pris les deux globes dans mes mains et les soulevai. Toujours sous l'emprise de cette sale excitation magique, je fixais cette paire qui était maintenant à moi.
Après tout, ce n'est pas grave, il suffit que tu décides de redevenir comme avant…
Devant moi, il me regardait, l'air navré, ses yeux brulant de lueurs étonnantes, mélange d'ivresse et de désir viril.
Tu ne comprends pas ! J'essaye mais ça ne marche pas ! Je ne suis plus seul, dans ce corps ! Il y a Alice avec moi ! Et Alice ne peut plus rien décider du tout ! Je ne… Je ne parviens pas à revenir en arrière !
Il malaxa quelques secondes sa mâchoire de ses doigts gourds. Son regard descendait et remontait, faisait des détours, s'attardant longuement sur le chemin de ma silhouette. Cela me gênait et me troublait en même temps, faisant redoubler les molles chaleurs dans mon corps.
Tu ne m’en veux pas trop, Julien ? Dis ?
Puis il ajouta, sans sourire :
On va quand même à la fête ?

Sur une idée de Julien
 
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Pour info, voilà ce que donnait la première version de cette histoire, il y a trèèèèès longtemps

6 commentaires:

  1. Très sympa .
    C'était une idée de moi ou d'un autre Julien ?^^

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    1. Une idée à toi, mais il y a eu pas mal de modifs, comme à mon habitude. J'ai mis la première version, en-dessous, histoire que tu y retrouves (peut-être) tes petits ;)

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    1. En effet, j'ai aussi changé la police de caractère, mais bon, ce n'est ce qu'on remarque en premier... ;)

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  3. Mais n'avais-tu pas droit qu'à une seule transformation ? et là avec Alice, il y en a deux ^^

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    1. Pas totalement faux... :)
      Disons que c'était si puissant que ça a fait deux pour le prix d'une !

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