Alors veut être un homme, fait de femme, très bête, aimant être baisé...

 

 


 

Cette fille était un rêve. Un corps à érection, un visage en sourire, deux zeppelins tendus sur le buste, et elle posait seins nus dans les magazines ! Elle était aussi championne de scrabble, de mots croisés et de toute sortes de jeux de vocabulaire et c’est vraiment de cela que Cédric aurait dû se méfier… Il l’avait rencontré dans un bar et, à sa grande surprise, il avait réussi à l’emballer. Les débuts du couple furent enchantés, la suite vira à l’ordinaire, puis au sordide. Cédric voulait qu’elle abandonne son travail de pin-up pour se consacrer entièrement à lui, mais elle refusait. « Bah ! Si ta seule ambition, c’est d’être un accessoire à branlette… » concluait Cédric, méprisant. La haine se substitua peu à peu à l’amour, sans que la force de rompre vienne aux protagonistes. Les disputes étaient fréquentes.

Un jour, après une volée de cris plus violente qu’à l’habitude, la lampe du salon se mit à clignoter. Déjà bien énervé, Cédric monta sur une chaise pour la revisser, se brûla, hurla, revint aussitôt un torchon à la main et frotta la lampe pour la faire tourner. Une fine brume s’échappa du filament et un génie apparut.

Il clignotait, lui aussi, et se mit à parler d’une voix entrecoupée, comme si le son ne passait que par intermittence :

– Bonjour … suis … génie … dans … lampe … avez … droit … demander … tout … que …  voulez !

Cédric se dit que l’univers entier avait décidé de lui ruiner son après-midi. Il s’apprêtait à chasser l’apparition d’un bon revers de main dans sa petite gueule de nuage, quand son amie s’interposa.

– Lui ? Il a tout ce qu’il veut ?

Cédric, qui avait enfin compris l’aubaine qu’on lui offrait, commença à réfléchir à ce qu’il allait demander. Mais sa compagne fut une fois encore plus rapide :

– Alors, il veut bien être, oui, un bel homme qui fait jouir de belles femmes, une très belle bête, un aimant pour être bien baisé…

– C’est quoi cette formulation, tu ne peux pas parler comme tout le monde ?

– C’est un génie, voyons, il faut y mettre les formes.

– Et puis tu pourrais me demander mon avis, non ? C’est mon vœu, après tout !

– Hé, ho, je te connais ! Ça ne te convient pas, mon programme ? Comme ça tu me ficheras enfin la paix !

– En fait… c’est vrai ! Cédric se tourna vers le génie. Ok, d’accord ! Faites comme elle a dit !

Le génie prononça une formule bizarre, toute hachurée. Il y eu un éclair, qui sembla se ratatiner, comme étouffé par une coupure de courant, et puis le génie s’évapora. Cédric se voyait déjà les bras garnis de femmes splendides et objet d’une admiration générale… Il attendit quelques minutes, mais il se sentait toujours exactement comme d’habitude. Pour être certain, il alla se regarder dans la glace et trouva que ce qu’il voyait était quand même pas mal du tout. Après tout, peut-être que… Mais sa petite amie doucha ses derniers espoirs :

– Arrête de te regarder le nombril. C’est toujours toi !

– Tu es certaine que…

– Oh, oui, c’est toujours toi, je suis certaine !

Cédric haussa les épaules et la journée se termina, comme beaucoup d’autre, dans une bouderie partagée. Le vœu prit en réalité quelques heures pour se réaliser…

Au réveil, Cédric avait l’impression d’être trop petit dans son grand lit et il y avait comme des boules sous ses couvertures. Il se sentait bizarrement gonflé à certains endroits et étrangement maigre ailleurs, maigre comme dans ces rêves où l’on a retrouvé un corps d’enfant. Sauf qu’il y avait des sortes d’abcès qui s’étaient fixés sur ce corps. Cela roulait sur lui et dérangeait ses mouvements. Ils étaient trop gros et accrochés au niveau du torse. Plus loin, son bassin avait pris des ampleurs inhabituelles et ne s’articulait plus vraiment comme à l’accoutumé. Cédric rebascula sur le dos, bien décidé à sortir définitivement de ce qu’il prenait pour un reste de rêve… À la recherche d’une chose bien concrète, il glissa la main entre ses jambes, pour saluer d’un grattouillement sa virilité tendue du petit matin. Ses doigts s’avancèrent et finirent par frotter une soyeuse absence. Cédric ouvrit grands ses yeux ! Il souleva les draps ! Et il découvrit dans un cri la réalité de son nouveau corps :

– Je suis une femme !

Mais Cédric ne parlait que pour lui-même. Sa copine avait pris ses affaires et déjà quitté l’appartement, bien avant son réveil.

Ce matin-là, Cédric était encore une demoiselle, mais les demoiselles dans son genre ne le restent jamais très longtemps… Il ne fallut que quelques heures à Cédric pour comprendre que cette démangeaison énervante qui chauffait ses flancs ne se guérirait pas avec une aspirine. Le voisin frappa à la porte, pour être dépanné en sucre, et Cédric, ébouriffé, attifé grossièrement de ses vêtements d’homme trop larges, fut bien obligé de lui ouvrir. Il était mort de honte et énervé lorsqu’il surprit le regard gourmand que l’autre coulait sur lui. Il lui parlait les yeux sur ses nibards et son sourire condescendant montrait bien qu’il ne le considérait pas vraiment comme un interlocuteur, mais seulement comme une jolie fille. Ce qui était encore plus énervant c’est que, de son côté, Cédric ne pouvait s’empêcher de trouver fascinant ce corps d’homme devant lui, sec et grand. Il avait des épaules si engageantes et un bassin si vigoureux, terminé par cette bosse envoutante… Cela tourneboulait la tête du pauvre Cédric en faisant monter ses envies à un niveau difficilement supportable ! Il s’approcha, comme hypnotisé, et se retrouva couché sous l’autre avant d’avoir pu comprendre ! Les gestes déshabilleurs étaient brusques, ils écœuraient la part masculine de Cédric, mais ses sens féminins s’étaient tout entiers abandonnés et grands ouverts. Quand le boudin de chair entra entre ses jambes, ce fut pour Cédric un mélange de haut-le-cœur dégouté et d’extase !

Ce type ne fut que le premier. Cédric, qui se faisait maintenant appeler Lucie, devint en quelques jours une vraie Lucie-couche-toi-là ! C’était le genre de fille pas très maligne qui ne disait jamais non. Repérée par un photographe, Lucie, qui comme tout le monde devait bien payer les factures, débuta dans le métier de starlette. C’était une de ces nichonneuses topless ne perçant qu’à force de tour de poitrine et parsemant de leurs appâts internet et les couvertures des magazines masculins. On la reconnaissait souvent dans la rue et, quand on la reconnaissait, cela se terminait presque toujours au lit. Tous ces mâles étaient si attirants, pour elle, et Lucie comme une idiote se laissait accrocher à leur palmarès, au point qu’elle aurait fait frémir de jalousie la plus stakhanoviste des putains !

Finalement, lors d’une séance photo, Lucie recroisa son ancienne petite amie. Loloches contre loloches, celle-ci lui lança, goguenarde et visiblement très amusée :

– Bravo pour ta carrière ! Le génie a décidément fait du bon travail.

Cédric ignora le ton moqueur. De toute façon, depuis qu’il était Lucie, il avait l’habitude qu’on se moque de lui. Mais tout de même, il y avait quelque chose que Cédric ne comprenait pas…

– Du bon travail ? Tu as vu le résultat ? Ils me traitent tous comme une pouffiasse un peu conne et, le pire, c’est qu’ils ont raison !

– Tu n’as toujours pas compris ? Ce que tu es cruche, ma pauvre ! Ce génie s’éteignait tout le temps !  En fait, il n’entendait qu’un mot sur deux…

Cédric, d’habitude peu attentif, avait pourtant gardé en mémoire chaque parole que son amie avait prononcées ce jour-là. Il conserva le premier mot, retira le suivant, continua…  et blêmit !

 


 

 

 

Commentaires

  1. J'adore c'est vraiment bien construit en tout cas ! Merci!

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    1. Merci à toi,
      Quand je l'ai relue, elle m'a fait sourire. Il faut dire que j'aime bien faire des histoires avec des génies un peu barrés ;)

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  2. Tout va bien de ton côté? Quasi un mois sans nouvelles je m'inquiète un peux...

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